a. La vie en prison
La prison est un lieu qui accueille des Hommes ayant commis des fautes, des crimes... La peine est donc un moyen à la fois de sanction, de réparation pour les victimes et de protection de la société. Mais à quoi ressemble cet univers clos, à l'abri de tous les regards ?
L'enfermement est le premier des paramètres de la sanction judiciaire difficilement supportable pour le détenu mais incontournable pour purger sa peine. L'enfermement à ce titre est la plus dure des réalités : le prisonnier est enfermé 23 h sur 24 entre les murs du bâtiment et ne sort qu'une heure pour sa promenade quotidienne. Cette mesure est commune à tous les établissements pour des raisons de garde, de sécurité et d'organisation.
L'isolement est, quant à lui, la première conséquence de l'enfermement. Même si les détenus sont dans la majorité des cas plusieurs par cellule, ils n'en sont pas moins privés de leur environnement socio- familial et de la société en général. De ce fait, le détenu isolé se replie souvent sur lui-même et s'adapte aux conditions de vie qu'incombe l'univers carcéral.
Certaines de ces conditions de vie ne changent pas selon qu'il s'agisse de maison d'arrêt ou de centre de détention comme par exemple la superficie moyenne d'une cellule qui est de 9 m² (pour les prisons que nous avons visitées). En maison d'arrêt les détenus peuvent être jusqu'à 3 par cellule on parle alors de surpopulation, normalement à partir de 4 personnes les cellules doivent être de 12 m², ceci figure dans les textes, mais la réalité est tout autre. La prison de Draguignan par exemple a une capacité d'accueil d'environ 500 détenus ; or, actuellement, près de 800 prisonniers y passent leurs jours. (117% d'occupation dans la région PACA)
L'espace privé est donc nié en prison. Le collectif prime sur l'individu. Tout est mis en commun et suppose une adaptation des modes de vie de chacun, des personnalités et des contraintes spatiales.
Suivant la date de création des établissements pénitenciers, les locaux offrent bien entendu des conditions de vie plus ou moins décentes. La Farlède, prison construite récemment est en très bon état et est agencée efficacement, à l'inverse de la prison de Draguignan plus ancienne. (La douche est pour tout un étage et non par cellule, la salle de sport est moins bien équipée...). Cependant à Draguignan, chaque cellule dispose d'un toilette, d'un lavabo et d'eau chaude ; mais ce n'est pas le cas dans toutes les prisons. De plus les conditions d'hygiène sont parfois difficiles car la loi prévoit 3 douches par semaine minimum, ce n'est en réalité qu'un maximum, du moins pour les maisons d'arrêt. (Notamment celle de Draguignan).
Enfin, l'hygiène des cellules (pour les deux centres pénitenciers que nous avons eu l'occasion de visiter) est laissée à la charge des détenus. Pour certains établissements, les produits ménagers sont fournis, pour d'autres, il est à la charge des incarcérés. C'est pour cette raison que nous assistons à des disparités de propreté d'une cellule à l'autre. Il s'agit là de la responsabilité et de l'initiative de chacun.
L'entretien général est lui aussi laissé à l'initiative des « auxi » (détenus rémunérés 120 ¤/mois) qui assurent les services de l'étage (repas et l'entretien des parties communes (couloirs, escaliers, salles d'activités, douches).
La réflexion sur la prison doit certes prendre en compte ces missions (sanction, réparation pour les victimes et protection de la société) et ne jamais les oublier, mais elle doit également tenir compte qu'il s'agit d'humains avant tout, et que tout homme a le droit à une certaine dignité. Les prisons s'aménagent donc pour une vie un peu plus humaine d'incarcération.
Aujourd'hui la plupart des centres pénitenciers peuvent donc permettre aux prisonniers d'avoir accès à diverses activités physiques, éducatives, salariales...
• La télévision : Concernant les moyens de divertissement la télévision peut être louée à condition d'en avoir les moyens financiers ce qui bien sûr n'est pas du ressort de tous les détenus, elle est estimée à environ 30 ¤ par mois. Cet objet leur permet, malgré leur enfermement de ne pas être coupés de l'actualité, de se divertir un minimum ou d'avoir une simple « présence ».
• Le sport : Certains établissements tels que ceux de Draguignan ou La Farlède donnent droit à un accès à une salle de sport. La pratique du sport en prison apporte des avantages dans plusieurs domaines comme le plaisir de retrouver des sensations physiques bienfaisantes et le goût de l'effort, au point d'en oublier un temps la détention ; mais aussi la possibilité de réapprendre un comportement de citoyen : le respect de l'autre, l'importance des règles de discipline sportive...Un protocole d'accord passé entre le ministère de la justice et celui de la jeunesse et des sports définit les principes communs d'une politique sportive en milieu carcéral. Il porte sur le temps de pratique hebdomadaire des activités physiques, sur les équipements sportifs ainsi que sur la formation des animateurs.
Les prisonniers ont des horaires d'accès à la salle de sport. Ils s'y retrouvent par couloir ; deux prisonniers de différents étages ne pourront donc s'y retrouver en même temps, ceci évitant au maximum les bagarres, conflits... (À Draguignan). D'une prison à l'autre, en fonction de l'architecture, les règles diffèrent.
• La bibliothèque, l'enseignement : Une unité pédagogique régionale existe dans chaque centre pénitentiaire. 368 enseignants fournissent chaque année des cours à 26000 détenus adultes. A Draguignan comme à La Farlède, les prisonniers ont donc à la fois accès à des cours et à la bibliothèque. Les détenus sont souvent tiraillés par leur souhait de concilier études, travail rémunéré en atelier, parloir-famille, sport ou activités proposées. De fait, le niveau d'études est rarement élevé.
L'enseignement est très important en milieu carcéral permettant aux apprenants de prendre un bol d'air, un temps de « récréation », recevoir des encouragements et des félicitations personnelles pour le travail accompli pendant la semaine, et de repartir avec du travail, parfois beaucoup pour apprendre et s'occuper l'esprit.
• La formation : qu'elle soit générale ou professionnelle, elle constitue l'un des outils de la réinsertion. Un dispositif important est mis en place à cet égard, en association avec les partenaires institutionnels. L'informatique comme outil de formation individuelle et collective est un support pédagogique valorisant pour les détenus en apprentissage.
• Les petits jobs : Certains prisonniers ; les plus « méritants »peuvent avoir un petit emploi au sein de l'établissement pénitentiaire. Cet emploi repose sur le volontariat de la personne détenue. Il lui offre la possibilité de bénéficier d'un revenu minimal (de l'ordre de 2-3 ¤ de l'heure) et surtout d'acquérir des réflexes professionnels et une qualification qui rendront moins aléatoire son insertion sociale. Ce travail bien que très peu rémunéré est cependant très valorisant et d'autant plus important que les allocations sont diminuées voire supprimées pour certaines pendant la période de détention.
A La Farlède certains détenus font du jardinage hors de la prison, d'autres servent dans les cantines du personnel ; à Draguignan certains travaillent en cuisine ou servent les repas destinés aux cellules. Ces emplois les motivent, ils se sentent utiles et peuvent montrer leur envie de s'en sortir.
Une part de la rémunération mensuelle des personnes détenues est prélevée pour l'indemnisation des victimes et une autre est réservée pour constituer un pécule disponible au moment de la sortie.
• Les promenades : Chaque jour un temps est prévu pour que les prisonniers puissent sortir (par étage), s'aérer et sortir un peu de leur cellule.
• Le culte : Au sein de la détention, le principe fondamental de la liberté religieuse est respectée : chaque détenu doit pouvoir satisfaire aux exigences de sa vie religieuse, morale ou spirituelle, d'ou la possibilité d'intervention des aumôniers et auxiliaires bénévoles d'aumônerie.